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Meubles, décors et objets de design

Actualités, design


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Qu’il s’agisse de meubles, de décors ou d’objets de design, il convient de distinguer l’usage et l’objet lui-même.

Prenons un lit, c’est l’usage qui domine. Il n’a pas besoin d’être beau, rare, ni construit sur mesure pour être apprécié. Une double caractéristique suffit à le décrire: sa taille et la qualité de sa literie. En dehors de vagues souvenirs d’enfance, un lit n’est pas un objet unique auquel on tient.

Pour une table basse l’inverse peut arriver: posée au milieu du salon, elle concentre les regards, réponds à de multiples usages et participe à la convivialité. Le confort ou l’aspect pratique de ce type de meuble n’est pas primordial et l’attachement qu’on y porte ne dépend pas toujours des services qu’il nous rend. Pour peu qu’elle soit faite à la main, d’une forme originale ou simplement rapportée d’un voyage, on la fera sienne pour longtemps. Peu importe qu’elle soit trop petite, un peu bancale ou avec un angle abîmé, c’est à l’objet lui-même qu’on s’attache autant qu’à ses défauts.

À partir de cette distinction, pourquoi ne pas imaginer de nouvelles voies de distribution, d’usage et de consommation pour ce mobilier du quotidien qui équipe nos logements?

Une chaise pour enfants, un bureau d’étudiant, le canapé d’un jeune couple n’ont pas besoin d’être neufs, en bon état suffit. Leur style importe peu si ils sont pratiques. Et pas question d’y investir de grosses sommes puisqu’on ne les gardera pas. Actuellement, l’unique solution proposée aux jeunes ménages est l’achat à prix modeste de produits bas de gamme. Soit du neuf que l’on trouve en grandes surfaces, soit de l’occasion provenant d’un dépôt-vente ou d’un vide-grenier. Avec à la clé un certain nombre d’inconvénients selon le choix retenu:

– objets fragiles et irréparables donc à durée de vie limitée.

– matériaux aux qualités sanitaires douteuses

– d’une conception bâclée, les fonctions attendues ne sont pas toujours au rendez-vous

– s’agissant la plupart du temps d’importations, leur empreinte carbone est désastreuse sans parler des conditions sociales et humaines déplorables dans les pays qui les produisent

– le mépris des ressources terrestres et la poursuite des logiques absurdes de l’objet jetable et non recyclable en font un produit sale et dangereux tout au long de son existence.

En fin de compte, cela donnera un investissement raté puisque très vite l’objet ne vaudra plus rien à la revente et il traînera comme un boulet moche et inutile de longues années en encombrant la maison avant que ne soit prise la décision courageuse mais peu satisfaisante de s’en débarrasser à la déchèterie du coin.

Le bilan n’est pas glorieux.

Une solution à tous ces maux serait de proposer aux gens un mobilier d’usage en location sous la forme d’un contrat attractif basé sur la durée et sur les besoins d’une famille qui évoluent sans cesse au fil des ans, selon l’âge et le nombre de ses membres. La location est LA réponse pour lutter contre l’obsolescence programmée des objets. Elle oblige à construire solide, utile, réparable et donc durable. Elle est attractive en proposant à chacun de modifier ses choix fréquemment, changer de fauteuils deviendrait aussi simple que d’emprunter un roman à la bibliothèque. Elle autoriserait même quelques folies passagères: une salle à manger Louis XV pendant 3 mois ou un tapis de designer au milieu du salon? Pourquoi pas! La simplicité du principe autorisera toutes sortes d’expériences, excitera les imaginations et proposera à chacun de se préoccuper activement de son confort intérieur. N’oublions pas que notre logement constitue notre troisième peau après les vêtements. Cela mérite l’attention!

À partir du moment où l’essentiel des usages est assuré de manière durable, plus rien n’empêche alors de s’enticher d’une vieille table basse abîmée, d’un guéridon de grand-mère ou d’une sculpture art déco achetés sur un coup de cœur dans une brocante. Cela constituera la part de création personnelle dont chacun a besoin pour se sentir chez soi, sans souci de rentabilité.

La révolution induite par un tel système est déjà à l’œuvre dans d’autres domaines: aujourd’hui on ne paye plus pour posséder (un livre, un disque) mais pour utiliser (lire, écouter). À la longue, tout le monde y gagnera:

– le loueur, car le principe d’abonnements permet de gérer plus facilement les stocks, les rotations et les investissements à long terme

– le designer – constructeur bénéficiera d’un cahier des charges plus attractif en termes de conception, il aura une vision plus large et plus durable des marchés à satisfaire et des types de clientèles. Sans parler d’une créativité renforcée par la possibilité d’offrir des styles et des collections plus variés en s’inspirant par exemple de cultures étrangères

– pour l’usager c’est évident, outre les avantages cités plus haut en terme de choix, de budget et de souplesse, il faut citer celui de disposer en permanence du mobilier adapté à sa situation et à son logement. Cela signifie non seulement de ne manquer de rien mais aussi et surtout de ne plus rien avoir en trop. Ainsi, terminé la vieille commode d’enfant démodée, invendable avec ses tiroirs qui coincent, à laquelle on a tenté en vain de trouver une nouvelle utilité mais qui termine généralement sa vie au fond du garage sous des piles de pots de peinture entamés.

Quant au véritable gagnant d’un tel système, ce sera bien sûr la planète elle-même car moins de pillages et moins de gâchis, ce seront des ressources et de l’énergie supplémentaires pour les générations futures.

Alors, qui se lance?